An 2000 : on a tout faux !

L’an 2000 approche à grands pas. Plus que 679 fois dormir, quand paraitra ce journal. Des compteurs calculent pour nous : la Tour Eiffel annonce « J - 679 avant l’an 2000 » et sur la place de la Bastille (l’ancienne prison de la révolution française à Paris) un compteur nous prédit encore 57 millions 324 mille 930 secondes avant la date fatidique. Tout cela a l’air d’une précision ! Et pourtant, c’est la confusion. En effet, rien n’est juste, tout est faux !

Première erreur
Si en fêtant l’an 2000 le 31 décembre 1999, on croit fêter la fin du vingtième siècle et l’entrée dans le vingt-et-unième siècle, c’est raté.
Le vingtième siècle se terminera en effet le 31 décembre 2000 et le vingt-et-unième siècle commencera le 1 janvier 2001. Pourquoi ? Parce qu’il n’y a pas eu d’an zéro. Un an zéro ? Zéro est le « point » considéré comme le moment où Jésus-Christ est né. Le premier janvier de l’année suivante était déjà le 01.01.0002. Mais il y a eu une année 100, puis une année 200, etc. Et ainsi de suite jusqu’à aujourd’hui et bientôt jusqu’au 01.01.2000. À ce moment, 1999 années se seront écoulées et non pas 2000 ! Le 1er janvier 2000, nous commencerons seulement la 2000e année. On devrait donc fêter la fin du 20e siècle le 31 décembre 2000 et le début du 21e siècle (ainsi que du 3e millénaire !) le 1 janvier 2001.
Pourquoi se trompe-t-on ainsi ? Probablement parce que le nombre 2000 avec ses trois zéros fascine tout le monde ! Ce n’est pas nouveau, l’an 1000 a eu les mêmes effets. Chaque année de fin (ou ce début) de siècle (1800, 1900) a été fêtée dignement.


Deuxième erreur
Puisqu’on compte nos années à partir de la naissance du Christ, comment a-t-on fait pour savoir quand Jésus est né ? C’est Denys le Petit, moine mort à Rome en 540, qui a fait les calculs. Au moment où il commença à s’intéresser à ce problème, en 532, on comptait les années autrement. Jusqu’à deux-cents ans plus tôt, on avait compté les années à partir de la fondation de la ville de Rome. Jules César décida de faire commencer le comptage des années avec lui (il était modeste) c'est-à-dire depuis - 45. En 284, changement, on recommence à zéro et ainsi débute l’ère des Martyrs ou de Dioclétien. En 248 de l’ère des Martyrs donc, (532 – 284, vous me suivez ?), Denys proposa aux évêques et au pape de compter les années plutôt à partir de la naissance du Christ. D’après lui, Jésus était né le 25 décembre de l’an 753 de l’ère de Rome mais pour la facilité, on décida que l’ère chrétienne commencerait une semaine plus tard, soit le 1 janvier 754. Par après, des calculs plus précis montrèrent que Jésus était venu au monde quatre à six ans plus tôt ! En effet, il devait être né au moment du fameux recensement de la population dont on parle dans le nouveau Testament et à cause duquel Marie et Joseph ne trouvent pas de place à l’hôtel pour loger (probablement en 747) mais avant la mort d’Hérode (en 750).
Concrètement, cela veut dire que suivant ce calcul, nous serions en réalité déjà en 2005 ou 2006... Zut, on a oublié de fêter l’an 2000 en 1995 !


Troisième erreur
Le problème avec le calendrier, c’est que nous avons voulu le mettre en accord avec la course de la Terre, de la Lune et du Soleil à travers l’espace. Une année, c’est le temps que met la Terre pour effectuer un tour complet du Soleil. Or elle ne le fait pas, la vilaine, en un nombre exact de jours : il lui faut 365,2422 jours ou 365 jours, cinq heures et presque 49 minutes ou encore 365 jours et presque un quart de jour. Or notre année compte 365 jours. Tous les quatre ans, on ajoute un jour au mois de février et le tour est joué (croit-on). L’année est alors appelée bissextile. Mais en procédant ainsi, on se retrouve légèrement en avance parce qu’un quart de jour c’est 0,2500 jour et pas 0,2422 jour. Les Égyptiens avaient déjà cette habitude d’ajouter un jour tous les quatre ans. Les Romains les suivirent. Mais comme c’était encore trop, en 1582, le pape Grégoire XIII décida que les années terminées par 00 ne seraient plus bissextiles sauf celles dont le nombre de siècles était divisible par 4 : 1600, 2000 (16 et 20 sont divisibles par 4) mais pas 1700, 1800, 1900, etc. On gagnait ainsi 3 jours tous les quatre siècles. Cette décision rétablit plus ou moins l’équilibre. À ce moment, certains ont calculé qu’il faudra quand même attendre l’an 4317 pour que la Terre soit un jour en retard sur le calendrier !
De plus, ne voilà-t-il pas que notre bonne Terre réussit à faire le tour du Soleil en un peu moins de temps (plus vite si j’ose dire) : elle gagne cinq secondes tous les mille ans, la grande sportive !
Un mois, c’est ce qui nous reste de l’habitude ancienne des hommes à compter les jours avec la Lune. Mais là aussi, se pose un problème : une nouvelle lune peut mettre entre 29 jours et 6 heures et 29 jours et 20 heures pour revenir. La moyenne est de 29 jours 12 heures 44 minutes 2,8 secondes. Voilà pourquoi nos mois sont de longueurs inégales (28, 29, 30 ou 31 jours).
De même, pour faire un tour sur elle-même, la Terre met 24 heures mais parfois un peu plus (sans nous avertir, bien sûr). Freinée par le frottement des marées à sa surface, elle allonge son tour de 1,64 centième de seconde tous les mille ans ! Ce n’est pas beaucoup, mais quand on a une si longue vie...


Quatrième erreur
Tous ces petits bouts de temps mis ensemble ont fait qu’un beau jour, le calendrier s’est trouvé en « décalage » par rapport aux mouvements du Soleil et de la Terre au point qu’en mars 1582, on se trouvait dix jours en retard sur les astres ! Le pape Grégoire XIII décida donc que le lendemain du jeudi 4 octobre 1582 serait le vendredi 15 octobre en Italie, en Espagne et au Portugal. C’est cette nuit-là (celle du 4 au...15 octobre) que sainte Teresa d’Avila choisit pour mourir ! Du coup, sa fête fut fixée au 15 octobre. Malheur à ceux et à celles qui étaient nés un 7 octobre : pas de gâteau d’anniversaire cette année-là ! En France, le lendemain du 9 décembre fut le 20. En Hollande, le 14 décembre fut suivi par le jour de Noël ! Mais ce n’est que deux ans plus tard que l’Allemagne et la Suisse acceptèrent cette suppression tandis que la Pologne le faisait en 1586 et la Hongrie en 1587. L’Angleterre et la Suède, quant à elles, résistèrent jusqu’en 1752. Cela leur couta un jour de plus ! Le record est quand même battu par les pays qui attendirent le 20e siècle pour s’aligner sur les autres : la Chine en 1912, la Roumanie en 1919, la Russie en 1923, la Turquie en 1924.
Le pape Grégoire XIII fit appel à des astronomes qui calculèrent plus exactement la longueur de l’année. Son calendrier est le plus proche de la course des astres dans le ciel. C’est pour cette raison qu’on l’appelle le calendrier grégorien. C’est encore le nôtre.
Tout cela n’empêche pas un historien allemand d’aujourd’hui de prétendre que nous ne sommes qu’en 1699 de l’ère chrétienne ! Heinrich Illig dit en effet que nous avons perdu environ trois-cents ans : les années 614 à 911 n’auraient pas existé. À ce moment, explique-t-il, on n’était pas aussi précis que maintenant et tout cela avait moins d’importance. Il ajoute que ce serait l’empereur germanique Otton III (983-1002) qui aurait « arrangé » le calendrier parce qu’il voulait que les livres d’histoire le retiennent comme « l’empereur de l’an 1000 ».


En conclusion
Donc, manifestement, le 31 décembre 1999, à minuit, nous ne serons pas prêts à entrer dans le 21e siècle, trop d’erreurs ont compliqué les comptes ! Plus personne ne sait d’ailleurs très bien où on en est ! Si on devait calculer maintenant en quelle année l’on est, même en utilisant un ordinateur puissant, on aurait toujours un doute sur la date exacte de la naissance de Jésus.
Mais, surtout, que tout cela ne vous empêche pas de préparer dès maintenant le réveillon de l’an 2000 pour le fêter de manière originale et vous amuser énormément !
Par exemple, vous pourriez être parmi ceux qui voudront faire le tour du Monde en avion, à ce moment-là, pour voir « finir le siècle » quatre fois de suite à cause du décalage horaire. Ou encore vous préférerez peut-être aller soutenir une des quatre iles du Pacifique Sud (Fidji, Tonga, Samoa ou Kiribati) qui se disputent actuellement pour savoir laquelle d’entre elles sera la première à recevoir le tout premier rayon de soleil du troisième millénaire ! Ne leur faites surtout pas lire cet article, elles seraient déçues.


Henry LANDROIT
Note sur les ères


Décider de compter les années à partir de la naissance de Jésus, c’est utiliser l’ère chrétienne.
Mais il y a eu bien d’autres manières de compter ! Les Romains avaient choisi de partir de l’année de la fondation de la ville de Rome puis, avec Jules César, à partir de - 45 (ce fut l’ère julienne), les Grecs comptaient par olympiades (périodes de quatre ans séparant les jeux olympiques) en commençant en - 776, les Juifs ont fixé la création du monde à l’année - 3761 (c’est l’ère judaïque) et les Musulmans comptent à partir de l’année 622, année où Mahomet a quitté La Mecque (c’est l’ère musulmane). Il y a même eu une ère républicaine qui a commencé en 1792 mais n’a duré que douze ans !

Le plus souvent, les ères sont décidées et calculées longtemps après qu’elles ont commencé. Il est donc normal qu’il y ait eu des erreurs.

Ce texte suit les recommandations orthographiques du Conseil supérieur de la langue française

Cet article est paru dans le Ligueur

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