Au bout de la langue...

Estomper la norme ?

Le second volet du rapport de la Commission Dutroux analyse en plus de 150 pages les possibilités de protection dont auraient pu profiter les acteurs de cette sinistre affaire.

A cette occasion, le document présenté à la Chambre mais aussi publié intégralement dans les journaux, utilise un vocabulaire particulier.
Certes, l’on avait déjà dû s’habituer à connaitre le sens de différents mots utilisés par la Justice. Nos oreilles n’avaient pas été épargnées : antennes, apostilles, LAN (Local Area Network !), BCR, informations douces, etc. forçaient et forcent encore nos tympans. Ces mots, nouveaux pour la plupart d’entre nous, ne facilitent guère la compréhension des faits et gestes rapportés. Ils font partie du jargon apparemment inévitable et que l’on retrouve dans toutes les professions.

Mais voilà qu’apparait " estompement de la norme ". En clair : une diminution de ce qui est normal, de la norme chez ceux qui sont censés la sauvegarder (gendarmes, enquêteurs, juges, etc.) Cette expression en a frappé plus d’un. Sa structure et son allure la feraient plutôt attribuer à un poème qu’à un texte juridique !

Est-il nécessaire, est-il souhaitable d’inventer ainsi de nouvelles expressions, de nouveaux termes qui sont censés dire tout et qui ne disent en fait rien, du moins à une première lecture. Inutile en effet de se précipiter sur son dictionnaire : il ne sera d’aucun secours. Le mot " estompement " n’y figure même pas en entrée.

Pour comprendre cette expression, il faut s’en remettre à la définition qu’en donnent les utilisateurs eux-mêmes.

Son utilisation s’apparente à celle du langage " tabou " : c’est ce qui nous fait dire maintenant des techniciens de surface pour des balayeurs, un emprunt pour un plagiat ou une facture inadéquatement libellée pour une fausse facture.
Car qu’est-ce en fait qu’un estompement de la norme, sinon des comportements qui n’ont que de lointains rapports avec la loi comme la confusion d’intérêts, la fréquentation de personnages douteux (encore du langage " tabou " !), des services rendus aux informateurs, etc.

Et si on se mettait à appeler un chat un chat, tout le monde n’y gagnerait-il pas ?



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