Au bout de la langue...
Pénibilité ?
Il serait question, dans le cadre des mesures prises pour faciliter la tâche des écoles en difficulté, de donner aux professeurs y travaillant une " prime de pénibilité ". Ce mot est apparu comme nouveau à plusieurs oreilles, alors qu’il existe depuis 1952. Il ne s’est répandu que vers 1960 au sens de " caractère de ce qui est (plus ou moins) pénible ". Le suffixe -ible a donné ici -ibilité en suivant une règle du français, celle qui a créé les couples possible - possibilité, crédible - crédibilité, disponible - disponibilité, etc.
Il semble cependant qu’une mode s’installe : on voit apparaitre en effet des mots comme employabilité, faisabilité, dangerosité.
Les deux premiers (employabilité, faisabilité) sont construits sur les suffixes -able et -ible. Ils respectent donc eux aussi les règles du français. Certains y voient une influence de l’anglais, plus apte que notre langue, semble-t-il à créer des mots sur cette structure ou plus prodigue, en tout cas.
Le troisième (dangerosité) est attesté depuis 1969 et dans les dictionnaires depuis 1981. Présent d’abord dans le vocabulaire de la psychologie (en parlant d’individus), il s’est vite appliqué à des faits ou des objets (la dangerosité d’un site, d’une tempête, d’un jouet). On avait déjà précieux-préciosité, généreux-générosité, curieux-curiosité et une petite cinquantaine d’autres.
Pourquoi se priver de dangerosité qui n’a fait que passer du vocabulaire spécialisé de la psychologie et de la médecine au domaine juridique puis dans la langue courante ? Lui aussi a suivi l’exemple de nombreux mots qui dans notre langue trouvent de nouvelles acceptions.
