Au bout de la langue...
Madame le secrétaire perpétuel
Madame Hélène Carrère d'Encausse va donc remplacer Monsieur Maurice Druon comme secrétaire perpétuelle de l'Académie française. C'est la première fois que la "vénérable dame du Quai Conti", autrement dit l'Académie fondée en 1635 par Richelieu, voit une femme parvenir à sa tête. Révolution diront les uns, évolution normale diront les autres. Cette académie avait pourtant déclaré, un jour de 1694, qu'elle suivait l'ancienne orthographe "qui distingue les gens de lettres d'avec les ignorants et les simples femmes ". Et voilà qu'une femme arrive à son sommet ! Mais quelle femme : elle se fait appeler Madame le secrétaire perpétuel, suivant en cela les exhortations de son prédécesseur qui avait tonitrué lorsque les ministres féminins du gouvernement français avaient demandé qu'on les appelle "Madame la ministre"…
Ainsi donc, il ne suffit pas d'être femme et académicien (ne ?) pour prendre le parti des femmes. Certaines d'entre elles, accédant à des postes ou fonctions jusque là réservés aux hommes, tiennent à conserver le titre - inévitablement masculin comme directeur, administrateur, etc. - contrairement à l'usage qui se fait facilement à ces changements. Est-ce pour montrer qu'elles ont gagné une bataille ?
L'Académie française ne se lasse pourtant pas de répéter qu'elle n'est qu'une chambre d'enregistrement de l'usage.
En attendant, un Guide d'aide à la féminisation des noms de métiers, titres, grades et fonctions a été publié en France (1). Préfacé par L. Jospin, il est de plus écrit en orthographe nouvelle. La Belgique s'était déjà dotée d'un tel outil (2).
Henry LANDROIT
(1) C.N.R.S. - La documentation française
(2) Mettre au féminin. Guide de féminisation des noms de métier, fonction, grade ou titre. Service de la langue française. Bd Léopold II, 44 - 1080 Bruxelles.
