Au bout de la langue...

Sud Soudan ?

Un de nos lecteurs attire mon attention sur l’emploi de l’expression Sud Soudan dans notre journal et ailleurs. " Ne serait-il pas plus " français " de dire Soudan sud ? ", s’interroge-t-il. " Ne s’agit-il pas d’un anglicisme, calqué sur South Sudan ? Irons-nous à Nice dans le ou la Sud France ? On entend aussi le Sud Luxembourg, entendra-t-on bientôt la Sud Belgique, l’Ouest Bruxelles, le Nord Quartier ? ", ajoute-t-il.

Effectivement, ces manières de parler (Sud Soudan, Sud Luxembourg) sont des calques de l’anglais. Avant, on parlait du Liban du Sud et parfois du Sud du Liban, ce qui ne veut pas nécessairement désigner la même réalité, le Liban du Sud s’appliquant à une région clairement délimitée même politiquement (opposée au Liban du Nord) tandis que le Sud du Liban se contente de désigner géographiquement une partie du pays. Par contre, on peut remarquer que dans un adjectif composé, sud apparait en premier (sud-africain, sud-américain).

On observe depuis quelques années la perte de la préposition (le Soudan du Sud est devenu le Soudan Sud) puis une inversion (le Soudan Sud est devenu le Sud Soudan). Cette perte se remarque dans d’autres situations : un magazine de loisirs est devenu un magazine loisirs et parfois même un loisirs magazine (!), ce qui nous ramène au phénomène d’inversion.

Ces phénomènes sont-ils inquiétants ? Les langues se " volent " quantité de mots les unes aux autres depuis toujours mais ici il ne s’agit plus de vocabulaire mais de structure. Il faut donc y être attentif. Ceci dit, la langue française (comme toute langue d’ailleurs) est outillée pour résister à ces agressions et ce n’est pas demain que nous nous rendrons en vacances dans la Sud France !



INDEX

Liens de bas de page