Au bout de la langue...
Abracadabrantesque ?
Suite aux accusations dont il est l’objet (le financement occulte de son parti lorsqu’il était maire de Paris), le président Chirac s’est défendu en parlant d’une histoire abracadabrantesque.
Aussitôt, les journalistes ont crié au néologisme. Il n’en est rien.
Henry Landroit
Ce mot apparait déjà en 1871 et a été employé par Rimbaud, Artaud et d’autres. Certes, il n’est pas très courant, mais il existe dans les dictionnaires. Il est probablement le résultat de la contraction de abracadabrant - extravagant - (lui-même construit sur abracadabra) et de gigantesque. Ce serait un mot-valise comme motel ou progiciel. Ou encore, a-t-on simplement ajouté les suffixe « -esque » qui accentue le caractère décrit comme dans clown, clownesque,pédant, pédantesque ou charlatan, charlatanesque.
S’il n’existait pas dans les dictionnaires, abracadabrantesque pourrait quand même avoir droit de cité. On pourrait imaginer le président français en train d’inventer un mot, pourquoi pas ? Ce n’est pas interdit et vu la position sociale de son créateur, il y a fort à parier que ce mot entre rapidement au dictionnaire…
Le général De Gaulle avait également défrayé la chronique en 1968 en parlant de chienlit, c'est-à-dire de pagaille, de désordre à propos des évènements. Les journalistes avaient dû se précipiter dans les dictionnaires pour constater que ce mot était bien français lui aussi, mais peu employé. Beaucoup de mots dorment dans les dictionnaires et se réveillent à l’occasion d’un évènement particulier ou encore acquièrent une acception nouvelle. Ainsi qui aurait cru que la « souris » de nos ordinateurs deviendrait aussi familière à nos enfants malgré la réputation douteuse de la vraie ?
