Au bout de la langue...
Nominé ?
Voilà un mot que l'on entend régulièrement, à l'occasion de la remise des prix littéraires d'automne ou lors des " oscars " et " césars " divers dans le domaine du cinéma, de la télévision et de la musique. Certains le rejettent, considérant que c'est un anglicisme.
Henry Landroit
Nominé est en effet apparu récemment (en 1978) dans notre langue. Il s'agit d'un emprunt à l'anglais nominee, " personne désignée, nommée, candidat agréé " avec comme synonymes anglais candidate, favourite, runner et … aspirant, contestant, entrant, protégé (!) qui ont comme un air de famille… français.
Nominare, en effet, a donné en français nommer et non nominer. Il s'agit donc bien d'un anglicisme.
Si nominé désigne une distinction positive (tel artiste est nominé pour un César, tel film est nominé pour un prix), l'on a vu apparaitre récemment un emploi… pervers du terme : à la Star Academy, tous les mercredis, des candidats sont " nominés " par leurs professeurs pour disparaitre du petit écran !
Personnellement, je ne jetterais pas la pierre à ceux qui emploient nominé plutôt que sélectionné (substitut proposé). Ce terme a une allure française, il désigne une action précise pour laquelle le français n'avait pas de mot spécifique.
Nominare aurait très bien pu accoucher de nominer. Nomination, nominataire, nominateur, nominatif, nominativement en sont d'ailleurs les frères chanceux.
Le succès de nominé montre à suffisance qu'il s'est introduit en français sans penser à mal, qu'il en a respecté les coutumes (nominee est devenu nominé), bref, qu'il est… intégré.
