Au bout de la langue...
Pediabook ?
Je ne dirai rien à propos de la qualité du contenu de ce livre (« Le pédiabook ») qui promet aux parents de « tout savoir pour traiter et guérir l'enfant de 0 à 3 ans ». Mais que diable, pourquoi a-t-il fallu que l'auteur et l'éditeur fassent le choix d'un titre aussi mal embouché?
Henry Landroit
Car voilà bien un cas de créativité linguistique catastrophique! Autant j'engage mes concitoyens à faire preuve d'initiative en matière de langue, autant je leur demande de veiller à la cohérence des mots inventés. En toute bonne foi probablement, les responsables de ce petit monstre ont associé « pédia » (de pédiatrie, cette branche de la médecine qui se préoccupe des petits enfants) et « book » (livre en anglais). Ils ont peut-être cru réaliser ainsi un joli « mot-valise » comme motel associant moteur et hôtel. Il n'en n'est rien: ils ont accollé tout simplement pédia et book, pédia qui n'est même pas un préfixe – la vraie racine d'origine grecque serait « péd(o) » de « paidos », enfant – et book, mot anglais.
Il n'est certes pas interdit d'associer des racines d'origines diverses pour en faire de nouveaux mots. Le français a utilisé cette technique pour construire des mots utilisant à la fois des éléments latins et français, des éléments grecs et français et même des éléments latins et grecs (par exemple automobile, bicéphale, hydravion, monoplan, télévision). Mais dans le cas de pédiabook, il s'agit plutôt d'une construction visant à attirer l'attention de l'acheteur potentiel par l'emploi de book, mot qui est très à la mode actuellement (rappelons-nous l'e-book traité dans cette rubrique récemment).
Mais rassurons-nous, il ne s'agit
que du titre d'un livre et il y a fort à parier pour que ce terme de nature
hybride ne s'installe pas dans la langue.
