A V C

Avécédaire

A, V, C, trois lettres de l'alphabet qui résonnent étrangement en moi depuis le 10 juin de cette année.
Accident vasculaire cérébral, c'est presque poétique. Accident vital de la circulation, c'est pas mal non plus, mais ambigu.
D'ailleurs, longtemps, j'ai dit ACV.
A, C, V ? Qu'est-ce que cela pourrait être ?
Un accident circulaire vertébral ? C'est-à-dire un accident qui me ferait retourner à la position fœtale, en cercle intime ?
Ou encore, ACV, un accident centenaire vespéral, qui lui n'arriverait que tous les cent ans, un soir d'été ? J'avoue que je préfèrerais...
Mais non, suis-je bête, c'est de l'écriture SMS !
AC, V = Assez, Véronique
AV, C = Bonjour, Caroline ou une réminiscence du latin : Avé, César.
A, VC = Ah, vécé ! (exclamation d'un individu souffrant de diarrhée arrivant enfin où vous savez).
Tout cela mis à part, il y a quand même un avantage à frôler la mort et à passer quelque temps en clinique.
Cela permet en effet de se faire une idée du public qui viendra à votre enterrement. Car, souvent, beaucoup de personnes se déplacent à cette occasion mais vous, le principal intéressé, vous n'en savez rien ! Alors, un séjour comme cela en hôpital, c'est comme un sondage. En ce qui me concerne, cela fait une trentaine de visites, une trentaine de coups de fil et cinq à six lettres de soutien, dont certaines collectives. Bon, ça fait environ quatre-vingts personnes. En comptant sur le choc et l'émotion, on peut espérer doubler ce score en mourant réellement.
D'accord, c'est moins que pour Jean-Paul II ou Baudouin, mais c'est plus que pour Mozart.


Henry Landroit

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