Radio Vatican a demandé mon avis :Les morts sont tous de braves types (G. Brassens)
Devant le nombre d'hommages délirants rendus à Jean-Paul II, directs comme les opinions sollicitées à la radio et la télévision, indirects comme la mise en berne du drapeau français dans les édifices publics, il y a de quoi se poser de multiples questions. L'athée que je suis est évidemment mal placé pour en esquisser quelques-unes puisqu'il sera toujours considéré comme n'ayant pas droit au chapitre dans un domaine où la foi fait loi et où par conséquent ceux qui en sont dépourvus n'ont rien à dire.
Cet homme a voué le préservatif aux gémonies et condamné le continent africain à une mort lente. Les Africains regrettent sa disparition.
Cet homme a serré la main de grands dictateurs, est intervenu en faveur de Pinochet : les opprimés veulent en faire un saint.
Cet homme s'est immiscé dans les affaires intérieures des États en incitant à ne pas voter pour des parlementaires favorables au divorce, à l'euthanasie, à l'avortement : les hommes d'État se bousculent à son enterrement, une tête couronnée va même jusqu'à reculer la date de son mariage.
Cet homme béatifie des cardinaux qui ont soutenu le nazisme, canonise le fondateur de l'Opus Dei : on le présente comme un homme de paix.
Cet homme exploite la crédulité des foules en parlant du secret de Fatima, en canonisant le père Pio (qui avait entre autres le don d'ubiquité) : on loue son intelligence.
Je pose la question : foi et intelligence sont-elles incompatibles chez les chrétiens d'aujourd'hui ?
Réflexions en tant qu'enseignant :
Y a-t-il moyen de parler « objectivement » du pape ?
Toute la question est là.
Y a-t-il moyen d'en parler aux enfants comme en parlera le Larousse 2080 ?
Y a-t-il moyen d'en parler librement dans les écoles ?
Dans les écoles catholiques, si on en parle autrement que positivement, on risque sa place ou tout au moins des ennuis avec les parents copains de J.M. de Balaguer.
Dans les écoles communales ou communautaires, quoi qu'on dise, on ne parviendra pas à l'objectivité attendue sauf peut-être au prix de l'occultation des aspects noirs de ce pontificat.
Je tenterai donc de rester au niveau d'une analyse plutôt sociologique qu'idéologique.
Je ne comprends pas. Je ne comprends pas cet élan d'idolâtrie qui déferle dans les médias.
Cet homme a méprisé les femmes et les a écartées pour toujours de l'accès aux fonctions sacerdotales dans l'Église : elles le pleurent.
Comment quelqu'un d'aussi conservateur peut-il soulever de tels enthousiasmes ?
Les hommes auront-ils donc toujours besoin de pères, de grands-pères, de rois, de reines, de papes, de gourous pour mener leur vie ?
On risque à nouveau de se faire traiter de tous les noms d'oiseaux (cardinal rouge par exemple) si on dit (mais je n'oserais pas le dire) comme Léon Schwartzenberg (non pas le gouverneur de Californie) que ce pape devrait être poursuivi en justice pour non-assistance à personnes en danger à cause de son attitude face au sida (zut, je l'ai dit). Au lieu de cela, il sera canonisé avant 2011, on parie ?
Je suis athée, mais j'ai reçu une éducation chrétienne approfondie. Et comme Claude Semal, je respecte la foi de qui respecte mes blasphèmes.
En 1985, j'ai envoyé une lettre au curé de ma paroisse natale lui demandant de me « débaptiser » suite, déjà, aux déclarations de Monsieur Deux concernant la théologie de la libération, ses déclarations concernant la morale sexuelle, ses amitiés avec des dictateurs, etc. Mais le baptême étant un sacrement, on ne peut s'en défaire. Je suis donc toujours compté parmi le milliard de catholiques...
J'en appelle à mes amis chrétiens : retrouvez votre intelligence, débarrassez-vous de tout ce décorum, de toute cette hiérarchie endimanchée, de ces cardinaux qui n'acceptent aucune cardinale. Faites comme les protestants !
Déchainez-vous ! Croyez-en vous ! Lisez le Traité d'athéologie de Michel Onfray, vous lirez vos textes sacrés autrement ! Continuez à vider les églises et retrouvez-vous dans des caves, par exemple, ce serait original, du jamais vu ! Ne reconnaissez pas l'autorité du prochain pape s'il ne revient pas (zut, c'est impossible, un pape est infaillible !) sur les options de celui qui vient de mourir.
Je me sens inspiré ! L'esprit me ceint ! Je sens que je vais être appelé à de hautes fonctions dans la nouvelle Église que je suis en train de mettre en place ! Je sens que ma boite (non pas l'Église, ma boite aux lettres électronique) va exploser !
J'écris ceci pendant l'enterrement que vous savez et que je ne regarde évidemment pas, car la vérité (celle des chrétiens comme la mienne) est ailleurs, j'en suis persuadé et que ceux qui ne sont pas d'accord avec moi soient excommuniés et aillent bruler en enfer !