JE ME SOUVIENS...

Je me souviens de cette après-midi d'été, ce devait être en 1945, j'avais quatre ans et demi. Mon père m'avait emmené sur la chaussée principale de notre village pour accueillir les libérateurs américains. Fou de joie, il me hissa sur les genoux d'un soldat, chauffeur d'un camion GMC, très haut sur pattes. Je me mis à crier et à me débattre dans cette cabine pour moi inhospitalière... Mon père ne comprenait pas...

Je me souviens des bombardements et de la cave inondée où nous devions nous réfugier. Les alcôves construites sur son pourtour, destinées en temps normal à accueillir des réserves alimentaires, nous servaient d'abri. Les voisins nous rejoignaient, car nous avions les caves les plus sures.

Je me souviens des « chicklets » et des chocolats que les Américains nous lançaient sur le chemin de l'école, à la libération.

Je me souviens de la carte représentant Sainte Thérèse de Lisieux que je devais entourer d'un cadre ovale en carton puis entourer de raphiade couleur, lors de mon court passage dans une école maternelle tenue par des sœurs.

Je me souviens du parfum des lilas qui avait envahi la maison le jour où ma mère est morte. C'était un beau mois de mai.

Je me souviens qu'un jour, en première année, je n'avais pu me retenir et que le bas de mon banc d'école en bois était tout mouillé. Personne n'avait remarqué quoi que ce soit.

Je me souviens de l'odeur du préau de l'école. Une odeur mêlée d'urine, de poussières et de renfermé.

Je me souviens des mains parfaites aux ongles courts et propres de mon instituteur de quatrième année. Seule parfois, une poussière de craies multicolores en atténuait l'éclat.

Je me souviens des films fixes sur « Tintin chez les Soviets » que l'on nous projetait au patro.

Je me souviens des premiers films que j'ai vus. « La bataille de l'eau lourde » par exemple, un film de 1947 en noir et blanc racontant des exploits guerriers, puis juste après la guerre « Blanche-neige et les sept nains ».

Je me souviens du film « Notre-Dame de Paris » avec Gina Lollobrigida et Anthony Quinn en 1956. Le projectionniste s'était trompé. Nous avons eu droit à la troisième bobine avant la deuxième.

Henry Landroit

Ce texte est écrit en orthographe nouvelle

Retour à la page d'accueil du site