

Je quitte le magasin " À la protection de Marie " pour " Le Palais du Rosaire ". Zut, il est fermé. À "L'ange gardien", je découvre une carte postale en relief (un hologramme), une tête de Christ sur la croix en train d'ouvrir et de fermer les yeux. Pour 10 F, je l'achèterais bien. Malheureusement, c'est la dernière, un peu abîmée et le marchand (du temple) m'en propose une autre au format A4, mais à 110 F. Bon, j'ai beau ne pas être dans la misère, 110 F, c'est un peu beaucoup pour un pareil souvenir. Je me précipite chez "À la grâce de Dieu" pour voir si cette carte postale existe.


Comme je m'approche de la grotte, la carte est déjà passée à 12 F, faudra que je me méfie…
Ceux qui veulent admirer ce chef-d'œuvre n'ont qu'à me le demander. Pour 5 F seulement la minute - directement versés au C.C.C. (1)-, ils pourront se régaler.
Je dépasse l'Hôtel du Saint Sacrement et l'Hôtel "Au berceau de Bernadette" et me rends vers les sanctuaires et la grotte.
Les marchands du temple s'accumulent jusqu'à l'entrée. Les cierges se vendent comme des petits pains ainsi que les récipients pour récolter l'eau précieuse. Il y en a pour tous les gouts : depuis la toute petite bouteille de 10 cl jusqu'au jerrycan de 5 l en passant par les vierges-bouteilles. Ces dernières sont de toutes tailles : une toute petite pour le neveu, une plus grande pour la tante, une de 2 l pour la grand-mère percluse de rhumatismes et le jerrycan de 5 l pour l'aïeul au seuil du grand départ.
J'entre dans la crypte même si j'y vais seulement pour visiter (car un écriteau m'avertit qu'on ne vient pas ici pour visiter mais pour prier). Les murs sont couverts d'ex-votos (beaucoup datent de 1918-1919 et proviennent de soldats épargnés par la guerre).
Puis je me rends à la grotte. Je le jure : je n'ai pas pris d'eau gratuite (j'ai préféré payer 10 F pour 25 cl de Vittel) et je n'ai pas fait la file pour entrer dans la grotte, frotter un mouchoir ou un objet sur le rocher ou y déposer délicatement mon coude gauche qui me fait un peu souffrir actuellement (tiens, ça va mieux…).
J'ai l'impression d'être (déjà ?) dans un autre monde, en tout cas dans un monde où la superstition et l'irrationnel ont pris le pas sur le reste.
Nom de Dieu, me dis-je. Je ne crois pas en Dieu mais malheureusement, Lui, croit en moi. Pourquoi a-t-il mené mes pas en ces lieux sinon pour en témoigner après auprès de mes collègues freinétiques, réputés pour leur laïcisme à tout crin ? Il se sert de moi, le malin (enfin, si j'ose dire).
Écoute Dieu, je préfère te dire, mais alors là, vraiment : " Si tu existes, tu es un artiste, tu l'as prouvé le lendemain, lorsque j'ai visité le Pic de Midi, mais ce qui concerne tes bondieuseries, alors là, pas d'accord. "
Et le coquin de me répondre (car il sait que j'ai la corde sensible de ce côté-là) :
- Ne te tourmente pas comme cela. Je suis le plus grand des libéraux. Je laisse l'homme (et même la femme) libres de croire ou pas, de se tromper ou de s'illusionner. La preuve, toi, tu ne crois pas et tu es toujours vivant malgré tes 60 ans alors que mon fils, lui est mort à 33 ans.
Subtil, non ?
- Oui, d'accord, mais alors pourquoi as-tu rappelé André Baur (2) à toi et que Rika Zaraï et Line Renaud sont toujours vivantes ?
- …
Suis-je en train de blasphémer ?
" Je respecte la foi de qui respecte mes blasphèmes " a dit un chanteur belge - mais non, pas Jacques Brel - Claude Semal. Je suis bien d'accord avec lui…

