Où va notre belle langue française, s'inquiètent les puristes en découvrant les SMS, les courriels et les échanges dans les forums de l'internet! En effet, les textes qui utilisent ces nouveaux moyens de communication sont farcis de fautes, de tournures incompréhensibles, de raccourcis bizarres et d'orthographe phonétique. Faut-il s'en inquiéter ?
Quotidiennement, en France, trois millions de courriels voyagent dans le monde virtuel, cinq millions de textos (c'est ainsi qu'ils appellent les SMS) inondent les lignes téléphoniques. Sur les sites internet des milliers de messages s'échangent dans les « forums ».
L'orthographe des courriels
Une étude récente québécoise vient d'analyser plus de quatre-mille courriels échangés dans le cadre d'une émission de télévision très populaire faisant la part belle à la cuisine (« Ciel! Mon Pinard! ») animée justement par Daniel... Pinard.
La « novlangue » des SMS
Les Short Messaging Service (SMS) ou les textos, ces messages courts que nous échangeons sur nos téléphones portables, répondent à d'autres critères et subissent d'autres contraintes. Ils sont en général courts (technique oblige: pas plus de 160 caractères) et produits dans l'urgence, plus encore que les courriels que nous prenons au moins la peine de relire. Chaque mois, dans le monde, quinze milliards de SMS sont échangés.
Ces conditions ont donné naissance à des mots réduits à quelques consonnes (pcq pour parce que, bjr pour bonjour, qd pour quand), à des rébus (NRVpour énervé), à des sortes de sigles (VTFFC pour Va te faire foutre, connard!) parfois en anglais (PTMM= Please, Tell Me More, S'il te plait, dis-m'en plus).
Le français en sort-il grandi ?
L'utilisation des courriels, des SMS et des forums sur l'internet fait-elle de l'ombre à la correspondance classique ? Non, apparemment. Certains pensent même que ces nouveaux usages redorent le blason de l'expression écrite et que leurs utilisateurs font bien la différence : ils n'écriront pas un SMS pour rompre ou pour avouer leur amour, annoncer une naissance, etc. Les « niveaux de langue » existent toujours et en sortent peut-être renforcés.
Il s'agit de nouveaux moyens de s'exprimer et de communiquer. L'apparition du téléphone n'a pas fait tomber l'écriture aux oubliettes. Les courriels, les SMS et les forums s'ajoutent à la batterie des moyens que nous avons à notre disposition pour communiquer.
À chacun d'entre nous d'en faire le meilleur usage...
Les nouvelles technologies auraient-elles un effet bénéfique sur le volume de nos échanges écrits? N'écrit-on pas en effet plus aujourd'hui qu'hier? Oui, probablement, mais, s'inquiètent certains, comment ?
Ces courriels provenaient de la plupart des couches de la population et couvraient tous les âges. 405714 mots ont ainsi été échangés. Ce corpus n'est pas tout à fait représentatif de la population québécoise. Près de 60 % des participants (contre 48 % dans la population) ont un diplôme supérieur. Toutefois, c'est la première enquête de de type en pays francophone sur un aussi grand nombre de messages électroniques.
Partant du principe que les fautes de français existent toujours et qu'on ne peut les assimiler comme le voudraient certains linguistes simplement à des « écarts », l'équipe correctrice a cependant fait preuve de tolérance, ainsi les erreurs de typographie, les oublis ou inversions de lettres dus manifestement à une frappe rapide n'ont pas été considérés comme « fautes ».
Ils ont relevé une faute tous les dix mots. Plus d'un tiers des fautes relève de la ponctuation (abandon du point à la fin des phrases, usage fantaisiste de la virgule, etc.).
Parmi les autres types de fautes, ce sont les homophones (ces mots qui se prononcent de la même façon, mais s'écrivent autrement, comme pin et pain, eau et haut) qui sont le plus présents. Enfin, l'orthographe, la maitrise de certaines règles grammaticales de base (notamment les accords), la conjugaison et l'utilisation correcte des modes posent problème. L'ensemble du rapport est disponible ici .
Les mots sont écrasés (LS tomB signifiera Laisse tomber), tronqués (A+ devra se lire À plus tard). L'apostrophe, le trait d'union, les majuscules et la ponctuation sont jugés inutiles.
Les anglicismes sont très prisés. Pour prendre congé, l'on écrira CUL8R (See you later).
Aurélia Dejond, dans l'excellent « La cyberl@ngue française » (Renaissance du livre) analyse le phénomène: « Efficace. Clair. Précis.... Il n'est pas rare qu'un internaute se fasse rappeler à l'ordre par d'autres s'il envahit l'écran de phrases longues qui empêchent chacun d'écrire en temps voulu: sur le Net, on ne prend pas la place de l'autre. Chacun a son espace et son temps de parole. »
Il y a cependant quelques occasions où la règle de faire court est transgressée. Bizarrement, ce sont les moments où les sentiments envahissent le petit écran du téléphone. On ne compte plus alors les ouiiiii ou les ahhhhh ou encore les je taiiiimeeee ! On retrouve ces habitudes dans les forums (ces endroits de l'internet où l'on peut discuter par écrit en direct) et dans une moindre mesure, dans les courriels.
Comme 80 % des utilisateurs de SMS sont des jeunes de quinze à vingt-quatre ans, on y décèle évidemment l'influence du « langage jeune ».
