L’Académie française et les recommandations orthographiques

Six ans après la déclaration de l’Académie française, il est intéressant de relire ce texte qui concerne les recommandations orthographiques du Conseil supérieur de la langue française.
Ce communiqué a été adopté par 23 voix contre 6 au cours de sa séance du jeudi 17 janvier 1991 :
L’Académie française rappelle que le Document officiel, souvent improprement appelé
« réforme », document qu’elle a, après examen de sa Commission du Dictionnaire, approuvé à l’unanimité dans sa séance du 3 mai 1990, ne contient aucune disposition de caractère obligatoire. L’orthographe actuelle reste d’usage, et les « recommandations » du Conseil supérieur de la langue française ne portent que sur des mots qui pourront être écrits de manière différente sans constituer des incorrections ni être jugés comme des fautes.
Elle estime qu’il y a davantage à ce que lesdites recommandations ne soient pas mises en application par voie impérative et notamment par circulaire ministérielle.
Selon une procédure qu’elle a soient mise en œuvre, elle souhaite que ces simplifications ou unifications soient soumises à l’épreuve du temps, et elle se propose de juger, après une période d’observation, des graphies et emplois que l’usage aura retenus. Elle se réserve de confirmer ou infirmer alors les recommandations proposées. Elle charge son Secrétaire perpétuel de donner, à la presse et aux médias en général, tous les compléments d’information qui pourraient être nécessaires.
Signé : Le Secrétaire perpétuel


Quelques commentaires

1. Les rectifications orthographiques proposées en 1990 par le Conseil supérieur de la langue française n’ont jamais eu de caractère obligatoire au point qu’on a parlé à leur propos plus souvent de « recommandations » que de « rectifications ». Ce qui, à l’époque, a probablement fait peur à l’Académie, c’est qu’il avait été question d’introduire la nouvelle orthographe dans tous les cours préparatoires (première année de l’école primaire) français dès septembre 1991. Cette procédure a été abandonnée.
2. L’Académie rappelle qu’elle avait adopté les modifications proposées à l’unanimité en mai 1990, c'est-à-dire avant qu’elles ne soient diffusées largement.
3. Elle rappelle aussi judicieusement que les deux orthographes peuvent cohabiter et surtout que l’on ne pourra plus blâmer quelqu’un qui, entre autres, écrira « innommé » plutôt qu’ « innomé », comme je le lis, ce jour, le 23 octobre 1997, dans un des titres du journal Le Soir (supplément, page 23).
Que s’est-il passé depuis 1991 ?
L’Académie a poursuivi l’édition de son dictionnaire fascicule par fascicule, à un rythme très lent. Étant arrivée au tiers de son travail, elle a publié le premier tome en 1992, à l’Imprimerie nationale, et en 1994, chez Julliard (de A à Enz). Ce dernier ouvrage est diffusé très largement (je l’ai acheté dans une grande surface). Dans ce volume, elle a signalé par un petit losange les mots pour lesquels le Conseil supérieur de la langue a recommandé une nouvelle orthographe et, en fin de volume, elle les a rassemblés. Elle a pris cette initiative, pour, selon ses propres termes, « mettre fin à une anomalie, à une incohérence, ou, simplement, à une hésitation, pour permettre l’application sans exceptions inutiles d’une règle simple, pour souligner une tendance phonétique ou graphique constatée dans l’usage, ou encore pour faciliter la création de mots nouveaux, notamment dans le domaine technique, et, de manière générale, pour rendre ainsi plus aisés l’apprentissage de l’orthographe et de sa maîtrise. »
Peut-on être plus clair ?
Alors, n’hésitez pas à dire et à redire autour de vous que la position de l’Académie française est tout à fait favorable à la nouvelle orthographe.
Beaucoup de personnes sont encore, en effet très sensibles à l’opinion de cette grande dame, alors que celle-ci n’est pas appelée à émettre des opinions mais bien à « entériner l’usage » comme le précisait Maurice Druon, Secrétaire perpétuel, dans la préface de la neuvième édition, préface publiée en 1986 : « Le Dictionnaire de l’Académie est celui de l’usage, simplement et suprêmement, le dictionnaire du bon usage, qui par là sert, ou devrait servir, de référence à tous les autres. Telle est l’ambition, mesurée mais persévérante, qui guide les académiciens français. »

Henry LANDROIT

Ce texte suit les recommandations orthographiques du Conseil supérieur de la langue française



Ce texte est paru dans "La Lettre de l'APARO"


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