Chroniques de langue dans "Le Ligueur"
Voici quelques exemples :

Au bout de la langue...

Des bizarreries ?
Notre langue est pleine de bizarreries orthographiques.
Pourquoi écrit-on bonhomme mais bonhomie, souffler mais boursoufler, charrette mais chariot, combattre mais combatif, imbécile mais imbécillité, nommer mais innomé, siffler mais persifler, homme mais prud'homie, battre mais embatre, hutte mais cahute, sottise mais sotie, délai mais relais ?
Serait-ce pour permettre aux amateurs de concours d'orthographe de s'en donner à cœur joie ? Ou pour donner l'occasion à certains de briller par leur érudition dans les salons où l'on cause (bien) ?
La plupart du temps, ces mots supportent le poids d'une histoire grotesque qui ne justifie pas leur orthographe (une erreur de copie dans un manuscrit du XIVe siècle, une méconnaissance de l'étymologie qui a engendré une orthographe fautive, etc.).Transmises de dictionnaire en dictionnaire, ces « erreurs » ont fini par devenir « officielles ».
Déjà en 1975, ces cas faisaient l'objet d'un arrêté de rectification. Ils ont été repris dans les rectifications orthographiques du Conseil supérieur de la langue française en 1990.
Donc c'est avec bonhommie que je supporterai les éventuels persifflages des amoureux de l'ancienne orthographe de « imbécilité ». Je ferai relai dans ma cahutte pour échapper à leur combattivité en ce domaine et leur proposerai de dépenser leur énergie à embattre les roues de mon charriot plutôt que me traduire devant une prud'hommie ou créer une quelconque sottie à mon sujet ! Je ne voudrais point sortir de cette histoire innommée le visage boursoufflé !

Au bout de la langue...

Cédérom, courriel ?
Inévitablement, l'utilisation des nouvelles technologies de la communication engendre un nouveau vocabulaire. L'objectif est de traduire des réalités technologiques inexistantes il y a quelques années par des mots français ou en tout cas francisés.
Ainsi, "courriel" est-il déjà employé par de nombreux internautes en lieu et place de « E-mail ». Il s'agit d'un mot-valise (comme "motel") formé à partir de courrier et d'électronique. Il a l'avantage de faire partie déjà d'une famille de mots en informatique (logiciel, didacticiel, progiciel).
L'Académie française vient d'introduire dans son dictionnaire le néologisme cédérom. CDROM est basé sur deux mots anglais : CD, d'une part, qui signifie « compact disc » (en français disque optique compact appelé aussi « DOC ») et ROM (Read Only Memory) qui rappelle que ce genre de disque ne permet pas l'enregistrement.
Cette nouvelle manière d'écrire (cédérom) francise un mot d'origine anglaise. Ce n'est pas la première fois que la langue pratique cette stratégie : en 1694 déjà, l'Académie acceptait entre autres dans son dictionnaire "dériver", de to drive, "dogue" de dog, "falot" de fellow. Les deux plus célèbres sont "redingote" ( francisé en 1725 à partir de riding coat, vêtement pour aller à cheval) et "paquebot" (francisé en 1665 à partir de packet-boat).
Ce n'est pas la première fois non plus que la langue crée un nouveau mot à partir d'un acronyme ou un sigle :
- la R.T.B. a donné ertébéen
- le SIDA, sidaïque ou sidéen
- le R.M.I. (revenu minimum d'insertion), le érémiste
- la B.D., le bédéiste
- la C.B., le cibiste
- l'ONU, onusien
etc.
La langue a de ces ressources...

Au bout de la langue...

Appelable ?
Tous les mots se trouvent-ils dans le dictionnaire ? Non ! « Appelable », par exemple, m'a été signalé un jour comme inexistant par le correcteur d'orthographe de mon traitement de texte. Intrigué, j'interroge le « Petit Robert » électronique puis le Grand Robert en sept volumes...
Inconnu au bataillon. Cela m'étonne, il m'était venu si naturellement sous la touche. Construit sur le modèle de sortable, achetable, comptable, mesurable, variable, vivable, il ne me paraissait pas bizarre.
Il est signalé en effet depuis 1170 (!) mais s'est vu cantonné au XVIe siècle dans le domaine juridique. Utilisé encore plus largement au XIXe siècle, il a peu à peu disparu de nos conversations.
Que faire avec de tels mots qui ne figurent pas dans les dictionnaires, mais qui sont « corrects », c'est-à-dire respectant les règles de formation des mots de notre langue ?
Je plaiderais résolument pour leur emploi.
Il en est de même pour entièreté dont peu de Belges ignorent qu'il est surtout utilisé en Belgique. Les Français lui préfèrent le plus souvent totalité, intégralité ou ensemble. Voilà pourtant encore une fois un mot qui d'une part a existé dans le vocabulaire français (signalé en 1536, sorti de l'usage au XVIIe, puis repris au XXe) et qui d'autre part est parfaitement construit puisqu'il a comme cousins grossièreté, légèreté. Alors, pourquoi s'en priver ?

Au bout de la langue...

Des mots en -iste...
Voilà encore un suffixe bien productif. Huit-cents mots sont concernés dans un dictionnaire de moyenne importance (60.000 mots) soit 1,3 %.
D'abolitionniste à zutiste (membre d'un cercle de poètes du XIXe siècle qui disaient « zut » à tout !), la liste est longue et s'agrandit régulièrement.
Après urgentiste, apparu en 1986 pour désigner dans le milieu médical les médecins travaillant en service d'urgence, voici qu'apparait - dans le même domaine - le terme d'intensiviste désignant le médecin spécialiste des soins intensifs. Ce mot ne tardera pas à figurer dans nos dictionnaires comme de nombreux autres s'y sont introduits peu à peu ces dernières années (entre autres bédéiste en 1974, véliplanchiste, cibiste, en 1980, croisièriste (touriste) en 1984, galeriste (gestionnaire d'une galerie) et comportementaliste en 1985, infographiste en 1986).
Et dans nos publicités du printemps et de l'été, le mot vacanciste vient de se tailler une place de choix pour désigner ce spécialiste de l'organisation de vacances alors que voyagiste existait déjà depuis 1980. Vacanciste a lui aussi de beaux jours devant lui et gageons que de nombreux mots en -iste verront encore le jour !



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Au bout de la langue...

L'ordre alphabétique
A quoi correspond notre ordre alphabétique ? Pourquoi les lettres se présentent-elles dans cet ordre : A B C D E F G H ... Le mot « alphabet » vient du latin « alphabetum » reprenant le deux premières lettres de l'alphabet grec alpha et bêta. Ce même alphabet avait emprunté son ordre aux civilisations antérieures. Nous avons conservé, à peu de choses près, l'ordre arbitraire des Phéniciens même si chez ceux-ci, les voyelles étaient inexistantes ! Ainsi, notre « a », qui est la première lettre des alphabets phénicien, cyrillique, grec, latin et hébreu, vient de Aleph qui est une consonne en phénicien ! L'ordre alphabétique est-il totalement arbitraire ? Peut-être mais il est troublant de constater que « A » est le premier son que les enfants prononcent et qu'il existe dans toutes les langues. « B » est la consonne qui est le plus souvent associée à « A ». C'est aussi un des premiers sons (« B » ou « P ») que l'enfant prononce. Enfin aucune langue ne peut s'en passer !
Et voici qu'apparait un alphabet des fréquences :

e s a r i n t b u l o m d p c f v h g j q z y x k w
E S A R I N T U L O M D P C F B V H G J Q Z Y X K W

remis à l'honneur depuis qu'un journaliste accidenté et privé de tout moyen de communication avec son entourage sauf par le clignement d'un œil, parvint à dicter un livre à une secrétaire avant de mourir. Celle-ci récitait l'alphabet des lettres rangées par ordre de fréquence et l'auteur clignait de l'œil au moment opportun !

Au bout de la langue...

Et les accents ?
Rien que dans ma rue, je lis sur les enseignes : PATISSERIE au lieu de PÂTISSERIE, RANDONNEE au lieu de RANDONNÉE, DECOR au lieu de DÉCOR, DEPOT au lieu de DÉPÔT.
De même, dans les titres de journaux en capitales, les accents sont souvent abandonnés. Cette négligence ne facilite pas la lecture et le quiproquo est souvent présent. Par exemple :
L'ETUDE DU MODELE signifiera-t-il L'ÉTUDE DU MODÈLE ou L'ÉTUDE DU MODELÉ ? UN HOMME TUE voudra-t-il dire UN HOMME TUÉ ou UN HOMME TUE ?
Je plaide donc pour le rétablissement des signes appelés « diacritiques » (accents aigu, grave, circonflexe ; tréma, point, cédille) dans notre environnement de lecture.
L'informatique n'a malheureusement rien arrangé. L'absence ou la négligence des Français lors de l'élaboration des codes informatiques nous a privés d'un accès facile entre autres à é, è, ê, ë, ç, ï, î, ù, ô, ö, à, â, ä, æ, œ. Certes, les problèmes sont souvent résolus dans les divers traitements de texte récents, mais restent aigus lors de la transmission des données en télématique et particulièrement sur Internet.
En messagerie électronique, de trop nombreux francophones s'autocensurent et transmettent des messages débarrassés de leurs signes diacritiques pour être sûrs d'être lus par leurs correspondants dont les serveurs ne font pas l'effort technique nécessaire pour traiter ce genre d'information, la langue anglaise étant majoritaire sur la toile et n'utilisant pas ce genre de signes.

Henry LANDROIT


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