Vous avez dit « francophonie » ?
Oui, mais avez-vous dit francophonie, Francophonie ou encore Francophonies ?
Car francophonie désignerait l'ensemble des peuples ayant en usage partiellement ou entièrement la langue française, Francophonie, l'ensemble des pays, des gouvernements, des instances officielles ayant en partage la langue française tandis que Francophonies insisterait sur la variété et la diversité des peuples utilisant la langue française.
Ça commence bien ! Mais rassurez-vous, nous allons essayer d'y voir clair.
Un mot relativement nouveau
C'est Onésime Reclus, un géographe français, qui inventa ce mot à la fin du siècle dernier : la francophonie désignait les peuples qui parlaient le français dans le monde. Oublié, ce mot revint à l'honneur au 20e siècle, au moment où certains pays d'Afrique, ayant brisé leurs liens coloniaux avec la France, désiraient en même temps conserver au minimum le lien de la culture et de la langue française avec elle. C'est surtout le Sénégalais L.S. Senghor qui se fit alors le chantre de la francophonie naissante dans les années soixante. Il s'ensuivit la mise sur pied de divers organismes de concertation et de coopération agissant à des niveaux variés (l'enseignement supérieur, la culture, les sports, la recherche scientifique) pour aboutir en 1970 à la création de l'Agence de coopération culturelle et technique (A.C.C.T.).
Un espace linguistique planétaire ?
Du plus riche (le Canada) au plus pauvre (le Niger), la Francophonie rassemble actuellement 52 pays membres, soit plus d'un quart des pays reconnus par l'Onu. Certains ont douté de sa bonne foi, soupçonnant la France, dans cette affaire, de néocolonialisme. Il est à remarquer que ce n'est pas la France qui a pris l'initiative de la Francophonie. Ce sont les Africains et les Québécois qui en furent les initiateurs aux temps héroïques. D'autres l'ont longtemps considérée comme une association plus ou moins folklorique. On ne peut l'affubler d'un tel qualificatif quand on voit les actions diverses entreprises de par le monde dans différents domaines et les nombreuses associations soit professionnelles soit simplement d'étude, de promotion du français créées à son initiative ou ralliées à son action. Elle agit au-delà de la langue par exemple en assurant la formation et le perfectionnement d'enseignants du français, en mettant en place des bibliothèques et des radios rurales en Afrique, en assurant un enseignement à distance dans une trentaine de pays, en diffusant, sur les cinq continents, les meilleurs programmes des télévisions francophones par TV5 (300 millions de téléspectateurs). Une véritable conscience communautaire francophone internationale s'est développée et se manifeste notamment par des évènements internationaux (festivals du film francophone, de la chanson française - les Francofolies -, de théâtre, des salons, des expositions, etc.)
Le français dans le monde
Parmi les 6000 langues pratiquées dans le monde, cinq sont parlées par plus de la moitié des hommes. Le français ne figure pas dans ce peloton de tête. Il est onzième sur la liste après le chinois, l'anglais, l'hindi, l'espagnol, le russe, l'arabe, le bengali, le portugais, le malais et le japonais. S'il n'est parlé peu ou prou que par... 130 millions de personnes et s'il n'est apparemment pratiqué que par 2 % des habitants de la planète, il demeure une langue internationale importante. Autrefois langue privilégiée de la diplomatie, il reste langue de travail de l'Union européenne et de l'Onu. Une enquête récente auprès des pays utilisant le français a montré que son image reste forte et positive. C'est une langue certes difficile mais
« raffinée, distinguée, de culture ». L'anglais, lui, est plutôt considéré comme « utilitaire ».
Dans des pays d'Afrique comme le Burkina-Faso, le Cameroun, les deux Congos, il est même considéré comme un « outil de rassemblement national ». Au Viêt-nam, c'est la langue des études de médecine, de pharmacie. Il est aussi perçu de par le monde comme la langue des droits de l'homme, de la liberté en rapport avec la Révolution française.
En Amérique du sud, en Asie et au Proche-Orient, il fait figure d'alternative à l'anglais comme la seule langue capable de résister à l'anglo-américain et surtout à « l'uniformisation par le tout anglais ». Il est en passe d'y devenir « le symbole de la défense de la pluralité des langues », donc de la cohabitation de différentes cultures, considérée comme nécessaire et enrichissante.
L'enseignement du français
On étudie le français dans 141 pays. 55 à 60 millions de personnes apprennent le français hors de France. 35 % d'entre elles le font en Afrique francophone. Près d'un million d'enseignants de français exercent hors de France.
On constate un recul du français dans plusieurs pays (États-Unis, Japon, Yougoslavie, Australie, Indonésie et Suisse).
Deux pays francophones ressentent ce recul : le Cap-Vert qui a supprimé son enseignement dans le primaire et l'a rendu optionnel en secondaire en concurrence avec l'anglais ; le Rwanda où l'université est devenue bilingue français-anglais.
Par contre, on constate une augmentation d'élèves en Grèce, en Espagne, en Pologne, en Finlande, au Portugal, en Norvège.
Reculs et avancées semblent s'équilibrer. Globalement, l'enseignement apparait même en expansion.
Partout où deux langues vivantes étrangères sont proposées aux jeunes, l'enseignement du français progresse. Là où une seule langue étrangère est proposée, le français est écarté au profit de l'anglais.
Pour le plurilinguisme
Bizarrement, en assurant une présence réelle et en s'organisant dans le champ international, la francophonie milite plus pour le plurilinguisme que pour un usage exclusif de la langue française. Il est bon finalement que Céline Dion chante en français et en anglais ou Patricia Kaas en français et en allemand. Lorsque les chanteurs africains associent dans leurs textes la langue française à leur langue propre, ils font un triomphe !
Le français revendique - et doit défendre parfois, c'est vrai ! - sa place auprès des autres langues et lutte ainsi contre l'imposition d'une langue unique dans les rapports entre les hommes. Il joue à la fois sur son unité et sa diversité. L'unité du français permet à un paysan breton de comprendre un homme d'affaires malien. Sa diversité, tout en facilitant son accès dans toutes les parties du monde, lui permet de se colorer d'accents chantants ou rocailleux et de se parer d'expressions et de tournures nouvelles.
Henry LANDROIT
Des institutions
Le Haut Conseil de la Francophonie précise le rôle de la francophonie et de la langue française dans le monde moderne.
L'Agence de coopération culturelle et technique (A.C.C.T.) est l'organisation intergouvernementale de la Francophonie et est devenue à ce titre depuis peu l'Agence de la francophonie. Elle organise des « sommets » (Cotonou - Bénin en 1995, Hanoï en 1997).
Le Conseil international de la langue française se réserve plutôt les domaines de l'orthographe, la grammaire, la terminologie et la formation.
Bibliographie
État de la Francophonie dans le monde - données 1995-1996 - La documentation française
Atlas de la langue française - Bordas
Bulletin « Francité » n° 14 - Février-mars 1996.
(article paru dans le journal Le Ligueur n° 10 - 11 mars 1998)