Les bonnes nouvelles sont rares, profitons-en...




Enfin, ça y est. Enfin une bonne nouvelle dans notre petite Belgique.
Quoi ? On a condamné les responsables de la pollution par la dioxine ? On sait ce qu'il y a vraiment dans le coca?
Les instigateurs du meurtre d'André Cools sont sous les verrous ? Le procès de Marc Dutroux a été avancé d'un an ? Louis Michel s'est égaré dans un bois de Jodoigne ? Olivier Deleuze a été rétabli dans ses compétences ?
Le traitement des enseignants a été augmenté ? Les sans-papiers ne seront plus expulsés ? Des S.D.F. ont été relogés dans des palais royaux ? Les gendarmes qui ont étouffé Semira Adamu ont été affectés à la circulation ?
Non, rassurez-vous !
Il a trouvé chaussure à son pied. Et qui plus est sur son propre territoire. Fini les Allemandes, les Suédoises, les Italiennes, les Espagnoles, place à une vraie Belge bien de chez nous, aux racines bien flamandes, mais dont la famille habite en Wallonie depuis 40 ans, et qui, en plus, habite à Bruxelles.
Et bien entendu, belle, intelligente, ouverte aux autres, fille d'un père P.R.L. et nièce d'un oncle C.V.P. Réunir en un seul enfant tant de conditions favorables : bravo aux parents !
Le Conseil des ministres ne pouvait qu'approuver. Le Roi et la Reine seraient mal venus de refuser.
Les journaux et la télévision n'ont pas hésité à nous montrer la chaumière de l'élue, dans un hameau près de Bastogne, ni le curé qui la baptisa il y a 28 ans.
Que pouvait-on rêver de mieux pour redonner le moral aux Belges ? "Un mariage royal qui mobilise l'opinion pendant des mois fera bien vite oublier, en Belgique et à l'étranger, les malheurs de la dioxine" écrit Guy Duplat dans Le soir. Plus loin, dans le même journal : "Philippe est proche des francophones, Mathilde sera proche des néerlandophones : bon compromis. Une garantie pour l'union du pays." Et en première page : "Ça fait rêver et ça peut aider la Belgique." Je n'ose imaginer ce que vont en dire Paris Match ni Points de vue - Images du monde et tutti quanti.
Avant, les princes épousaient des bergères qu'ils allaient dénicher eux aussi dans des hameaux éloignés ou encore des souillons qu'ils éloignaient des cendres d'un pauvre foyer. Si j'avais été prince, je crois que c'est ce que j'aurais fait. Par principe. Pour la gloire. Comme pied de nez, surtout avec Cendrillon.
Jaloux, moi ? Non, pas du tout. Seulement égaré dans un royaume de pacotille.
Je tremble en pensant à ce qui se serait passé si le Prince avait voulu rester célibataire ou si la nature l'avait doté de gouts immodérés pour les personnes de son sexe. Ou s'il avait été attiré par une femme unilingue, ayant fait ses études dans une école mal famée, ne pensant qu'à elle et n'ayant jamais eu assez d'argent pour soigner un acné juvénile défigurant. Ou encore par une femme mure, divorcée avec deux enfants à charge, fille d'un militant du parti communiste. Ou enfin par une jolie Marocaine de confession musulmane.
Et je me dis : là, au moins, nous avons échappé à la déstabilisation totale de la Belgique.
Dieu soit loué !


Henry LANDROIT


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